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11 juin 2012

Subtile fragilité

" Lorsque l'on pense à ces créateurs, ces hommes et ces femmes dotés de tant de talents, et voués à la mort, on est amené à s'interroger sur leur enfance, l'enfance où, tout le monde sait, les germes de la maladie plongent leurs racines; se peut-il que certains d'entre eux aient eu, alors, une intuition de la nature périssable de la psyché, de sa subtile fragilité ? Et pourquoi eux furent-ils détruits, tandis que d'autres - frappés de façons similaire - parvinrent à s'en sortir ? "  W. Styron


chaussures002




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10 juin 2012

Rien d'autre

" À ce moment précis, Ramona fit son apparition. Elle ouvrit grand la porte et resta sur le seuil pour qu'il puisse la voir dans la lumière de la salle de bains. Elle était parfumée, et nue jusqu'aux hanches. Sur les hanches, elle portait la fameuse culotte de dentelle noire, son unique vêtement et qui ne montait pas haut sur son ventre. Elle avait des chaussures à talons auguille de sept centimètres. Rien d'autre, sinon du parfum et du rouge à lèvres. Et sa chevelure noire.
- Je te plais, Moses ? " S.Bellow


dimanche158




3 juin 2012

Couple

" Je n'envie pas tel couple pris en particulier, je n'envie que tous les couples, et s'il m'arrive d'envier un couple isolé, ce que j'envie est encore l'ensemble du bonheur conjugal dans la multiplicté de ses aspects; à supposer même le cas le plus favorable, il est probable qu'au sein d'une de ces unions heureuses, je désespérerais." F.Kafka


dimanche157



24 mai 2012

Parler debout

" Subsidiairement des hommes - deux ou trois - sont occupés à parler ! Parler, n'est-ce pas vouloir mettre debout quelque chose ? N'est-ce pas vouloir « se » mettre debout ?
Et n'est-ce pas curieux tout ce qui , feuille, homme, violon, poisson, index, oiseau tient surtout à se mettre debout ? "  H.Michaux


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1 avril 2012

Après-midi

" Tout en faisant l'amour, à plusieurs reprises; discrètement, Josef regarde sa montre : encore deux heures, encore une heure et demie; cet après-midi d'amour est fascnant, il ne veut rien en perdre, aucun geste, aucun mot, mais la fin approche, inéluctable, et il doit surveiller le temps qui s'écoule. "  M.Kundera


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28 mars 2012

Grec

" Et je n'ai pas lu une ligne de grec depuis l'année dernière, et à cette même époque ! Mais j'y reviendrai, ne serait-ce que par snobisme. Je lirai du grec quand je serai vieille, aussi vieille que la femme sur le seuil de sa chaumière et dont les cheveux sont si blancs, si épais qu'on dirait une perruque de théâtre. " V.Woolf


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25 mars 2012

Yeborath

" Ensuite elle se mettait à la fenêtre, nue, et regardait la lune, et elle me disait : chante ta mélodie, mais chante-la tout bas. Et pendant que je chantais elle me demandait de lui faire l'amour, et je la prenais debout, appuyée au rebord de la fenêtre, tandis qu'elle regardait la nuit comme si elle attendait quelque chose."  A.Tabucchi


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18 mars 2012

Je couche seul

" Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul." S.Mallarmé


dimanche143

 

 

 

 

11 mars 2012

Conjugal devoir

" Lorsque tous les moyens échouent il ne reste plus au malheureux impuisant que l'attente et l'espérance de jours meilleurs, la flagellation, l'urtification, le galvanisme et l'électricité étant réservés de préférence aux maris ayant déjà pu accomplir leur devoir conjugal et étant momentanément défaillants." L.Adler


dimanche143



3 mars 2012

Sans penser

" Je suis chez une amie (rien entre nous, simplement copains). Arrive l'actrice M.D. C'est une femme grande, belle et rieuse, aux longs cheveux blond; elle est nue sous une robe légère. Je commence à la toucher, à la caresser « sans penser ». Je me retrouve sur elle caressant ses seins nus. Je fais l'amour avec elle. " G.Perec


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12 février 2012

Vivons enfin

" Allez là-bas et me convaincre que le célibat me pesait, tout simplement; vingt-sept ans et pas d'homme. Mais à présent, j'ai mon gros lapin, mon grand bêta, assez pensé, vivons, vivons enfin et que tout soit pour le mieux.
Cependant, puisque je vais fermer ce journal - on se marie ou on écrit son journal, les deux ne vont pas ensemble - je ne veux pas le quiitter sans le dire avec la joie de l'espoir, avec l'espoir de la joie. " J.Cortazar


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19 novembre 2011

Nus

" Elle me dévisage si crûment que je me déshabitue aussitôt de ma nudité. Je sens que je me trouble, mais je résiste en la fixant dans les yeux, où mon regard fait grandir la nuit de sa pupille.
- La nudité, dit-elle, est cruelle parce qu'elle démasque, mais le démasqué n'est pas forcément celui qui est nu." B.Noël

 

dimanche129



13 septembre 2011

Docile

" On a raison de remarquer l'indocile liberté de ce membre, s'ingérant si importunément lorsque nous n'en avons que faire, et défaillant si importunément lorsque nous en avons le plus affaire, et contestant de l'autorité si impérieusement avec notre volonté, refusant avec tant de fierté et d'bstination nos sollicitations et mentales et manuelles. Si toutefois, en ce qu'on gourmande sa rébellion et qu'on en tire preuve de sa condamnation (culpabilité), il m'avait payé pour plaider sa cause, à l'aventure mettrai-je en soupçon nos autres membres, ses compagnons, de lui être allé dresser, par belle envie de l'importance et douceur de son usage, cette querelle apostée (feinte), et avoir par complot armé le monde à l'encontre de lui, le chargeant malignement seul de leur faute commune. Car je vous donne à penser s'il y a une seule des parties de notre corps qui se refuse à notre volonté souvent son opération et qui souvent ne l'exerce contre notre volonté." M.de Montaigne           

 

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24 août 2011

Tumulte de passions

" Je ne rêve plus qu'à des morts fut une des dernières choses qu'on lui ait entendu dire. Elle n'avait jamais été sotte, mais elle n'avait pas goûté, que je sache, aux joies intellectuelles; du moins lui resta-t-il celles qu'offre la mémoire et ensuite celles de l'oubli. Elle avait toujours été d'un naturel généreux. Je me souviens de son regard clair et serein et de son sourire. Qui sait quel tumulte de passions, aujourd'hui éteintes mais qui furent ardentes, put agiter cette vieille femme qui avait été belle. " J.L. Borges

 

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10 juillet 2011

Mais ce jeu ...

 

" Dans tout bluff, il y a, si petite qu’elle soit, une part d’incertitude sur ce que va faire celui qu’on trompe. Si cette comédie de séparation allait aboutir à une séparation ! On ne peut en envisager la possibilité́, même invraisemblable, sans un serrement de cœur. On est doublement anxieux, car la séparation se produirait alors au moment où elle serait insupportable, où on vient d’avoir de la souffrance par la femme qui vous quitterait avant de vous avoir guéri, au moins apaisé. Enfin, nous n’avons plus le point d’appui de l’habitude, sur laquelle nous nous reposons, même dans le chagrin. Nous venons volontairement de nous en priver, nous avons donné à la journée présente une importance exceptionnelle, nous l’avons détachée des journées contigües ; elle flotte sans racines comme un jour de départ ; notre imagination, cessant d’être paralysée par l’habitude, s’est éveillée ; nous avons soudain adjoint à notre amour quotidien des rêveries sentimentales qui le grandissent énormément, nous rendent indispensable une présence sur laquelle, justement, nous ne sommes plus absolument certains de pouvoir compter. Sans doute, c’est justement afin d’assurer pour l’avenir cette présence, que nous nous sommes livrés au jeu de pouvoir nous en passer. Mais ce jeu, nous y avons été́ pris nous-même, nous avons recommencé à souffrir parce que nous avons fait quelque chose de nouveau, d’inaccoutumé, et qui se trouve ressembler ainsi à ces cures qui doivent guérir plus tard le mal dont on souffre, mais dont les premiers effets sont de l’aggraver. " M.Proust



dimanche101

 

 

30 novembre 2010

Dormir

" Je reste seul avec l'univers entier,
Je ne veux pas aller à la fenêtre :
Si je regarde, que d'étoiles !
Quels grands silences majeurs tout en haut !
Quel ciel anticitadin !
Mais plutôt, dans ma réclusion,
En un désir de n'être point reclus,
J'écoute anxieusement tous les bruit de la rue...
Une automobile -- rapide excessivement ! --
Les pas appariés qui me font la conversation ...
Le bruit sec d'un portail qui se ferme me fait mal.

Tout va dormir..."
F.Pessoa

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19 novembre 2010

Et surtout des livres

" Leur intérieur mal éclairé, obscur et solennel, était imprégné d'une puissante odeur de laque, de couleurs, d'encens, d'aromates de pays lointains, de marchandises rares. On y trouvait des feux de Bengales, des coffrets magiques, les timbres de pays depuis longtemps disparus, des estampes chinoises, de l'indigo, de la colophane de Malabar, des œufs d'oiseaux exotiques, des perroquets et des toucans, des salamandres et des basilics, des racines de mandragores, des boîtes à musique de Nuremberg, des longues-vues et, surtout, des livres rares et spéciaux, de vieux in-folio pleins de gravures merveilleuses et d'histoires éblouissantes." B. Schulz

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18 novembre 2010

Clémentine Capucine Rivebelle Julie

" Dans une photographie ancienne qu’elles devaient me donner un jour, et que j’ai gardée, leur troupe enfantine offre déjà le même nombre de figurantes, que plus tard leur cortège féminin; on y sent qu’elles devaient déjà faire sur la plage une tache singulière qui forçait à les regarder; mais on ne peut les y reconnaître individuellement que par le raisonnement, en laissant le champ libre à toutes les transformations possibles pendant la jeunesse jusqu’à la limite où ces formes reconstituées empiétraient sur une autre individualité qu’il faut identifier aussi et dont le beau visage, à cause de la concomitance d’une grande taille et de cheveux frisés, a chance d’avoir été jadis ce ratatinement de grimace rabougrie présenté par la carte-album; et la distance parcourue en peu de temps par les caractères physiques de chacune de ces jeunes filles, faisant d’eux un critérium fort vague et d’autre part ce qu’elles avaient de commun et comme de collectif étant dès lors marqué, il arrivait parfois à leurs meilleures amies de les prendre l’une pour l’autre sur cette photographie, si bien que le doute ne pouvait finalement être tranché que par tel accessoire de toilette que l’une était certaine d’avoir porté, à l’exclusion des autres." M.Proust

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7 novembre 2010

Exploitation

" Aux Beni-Yenni, grâce à des circonstances sur lesquelles je reviendrai, une politique de grands travaux a été instaurée. Le chômage ayant notablement diminué, les ouvrier sont payés 22 francs par jour (5 francs avant la grève de 1936). Ceci fait la preuve que l'exploitation seule est la cause des bas salaires. Aucune des autres raisons qu'on en donne n'est valide. " A.Camus


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14 octobre 2010

Indifférent

" Etre follement enthousiaste, être d'un sérieux mortel - on a tort dans les deux cas. L'un et l'autre sont passagers. Il faut conserver toujours présent, le sens de l'humour. Jusqu'à quel point on voit, entend, comprend, cela  dépend entièrement de soi-même. Mais à chaque instant de ma vie, j'ai trouvé utile le sens de l'humour. Maitenant, peut-être, tu te rends compte de ce que signifie le mot « indifférent ». Cela veut dire « apprendre à ne pas souffrir et à ne pas révéler ce qu'on pense.»" K.Mansfield

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15 octobre 2010

Point de repos

" Je rappelle encore contre Schopenhauer et à l'honneur de Platon que toute la haute culture littéraire de la France classique s'est développée sur les intérêts sexuels. On peut chercher partout chez elle la galanterie, les sens, la lutte sexuelle, la « femme », - on ne les cherchera jamais en vain..." F.Nietzsche

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5 septembre 2010

« cela te fera du bien »

" Pour la première fois, à nouveau, un peu de soleil. J'ai pensé : « cela te fera du bien ». Mais à côté de moi, mon ombre me guettait, souvent même, elle me précédait, car je marchais vers l'ouest. À midi, elle était tapie autour de mes jambes, l'ombre, et cela m'a fait une de ces peurs !" W.Herzog

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4 septembre 2010

Nigaud

" Me voilà dans une chaise de poste, seul avec une femme, au milieu de la nuit. Moi, qui de ma vie n'avais regardé une femme sans rougir, comment descendre de la hauteur de mes songes à cette effrayante vérité ? Je ne savais où j'étais; je me collais dans l'angle de la voiture de peur de toucher la robe de madame Rose. Lorsqu'elle me parlait, je balbutiais sans lui pouvoir répondre. Elle fut obligé de payer le postillon; de se charger de tout, car je n'étais capable de rien. Au lever du jour, elle regarda avec un nouvel ébahissement ce nigaud dont elle regrettait de s'être emberloquée." F.R. de Chateaubriand

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15 août 2010

Été

" D'ailleurs, comme on peut généralement l'observer, deux idées qui sont en rapport d'antagonisme et qui existent en quelque sorte par une mutuelle opposition s'appellent réciproquement. C'est pourquoi je trouve impossible de bannir la pensée de la mort quand je me promène seul par les interminables journées de l'été; et toute mort particulière, si elle ne m'affecte pas davantage, assiège et hante du moins mon esprit plus obstinément en cette saison." T de Quincey

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25 juin 2010

Imbecile

" Went this afternoon to the recruiting office to put my name down for the Home Service Battalions. Have to go again on Friday to be medically examined, but as it is for men from 30 to 50 I suppose the standards are low. The man who took my name, etc., was the usual imbecile, an old soldier with medals of the last war, who could barely write. In writing capital letters he more than once actually wrote them upside down. " G.Orwell

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