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6 mai 2006

Du blanchiment

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" La grande efficace de Blanchot, c'est qu'il blanchotise la bibliothèque, comme le dirait Sollers, de Hölderlin à Kafka, du surréalisme au Nouveau Roman, en la couvrant de son austérité. Du néant, Blanchot accentue toujours le caractère angoissant. Il insiste sur le malaise qui contamine tout. " F.Badré

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9 mai 2006

Tonus

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" Dans le cas d'Urilke Meinhof, ceux qui l'ont pendue ont dû avoir des doutes quant à la stabilité de la pendaison. Toujours est-il qu'ils ont renforcé cette stabilité en posant le pied gauche sur la chaise qui se trouvait devant elle. Quand le corps est rigide, la jambe tendue a le même effet qu'un piquet de bois sur lequel on pourrait appuyer un poids. C'est ainsi que la pesanteur du corps a été diminuée par le soutien d'une de ses parties. Pour plus de sûteté, les épaules ont été amenées vers l'avant pour faire contrepoids. La jambe gauche n'a été posée sur la chaise qu'au moment de la raideur cadavérique. Cela est reconnaissable au fait que le pied est resté dans sa position normale. S'il avait déjà eu cette position immédiatement après la mort, elle aurait disparu au moment du relâchement du tonus, et c'est la position relâchée qui aurait été fixée par la raideur cadavérique. Ce n'était pas le cas ici." Rapport p.37

28 mars 2006

Seul à seul

jonquille002

" Oui, le droit de me débrouiller avec moi-même, je le revendique. Le droit d'être seul à seul avec moi-même. Tu nous oublies, me disent les autres, tu ne peux pas nous abandonner. Mais si je deviens fort, si je deviens libre, je vous donnerai de ma force, je vous donnerai de ma liberté. On connaît ma faiblesse. On connaît exactement les points vulnérables. C'est là qu'on y enfonce les couteaux... Ou qu'on y donne des coups d'épingle, de petits coups d'épingle..." E. Ionesco

22 novembre 2005

Le renégat

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" Pour lui, la vie était sans joie. Jamais il ne regardait défiler la procession des jours. Il passait les nuits dans un sommeil inconscient et spasmodique. Le reste du temps, il travaillait, et alors sa conscience devenait mécanique. À part cela, son esprit demeurait vide. Il ne professait aucun idéal et n'entretenait qu'une seule illusion, à savoir qu'il buvait d'excellent café..." J.London

27 novembre 2005

Librorum et frugis

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" Pour moi, quand je vais me refaire sur les bords de la Digentia, ce frais ruisseau où se désaltèrent les frileux habitants de Mandèle, savez-vous, ami, ce que je rêve, ce que je demande aux dieux? De me laisser le peu que j'ai, et moins encore, s'ils le veulent; de vivre pour moi ces jours que leur bonté prolonge; d'avoir, pour toute mon année, ce qu'il me faut de livres et de provisions; enfin, de n'être pas réduit à trembler sur l'avenir. Mais je ne demande à Jupiter que les biens qu'il donne et qu'il reprend : la vie et ce qu'il faut pour vivre; quant à la sagesse, j'en fais mon affaire..." Horace

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4 décembre 2005

Métaphysique des taches

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" Les soi-disant taches de mes peintures, je n'essuie pas tant qu'elles tombent à la bonne place; j'attends plutôt qu'elles tombent à la mauvaise.

Les artistes d'aujourd'hui ont besoin d'une morale; par morale, j'entends la façon dont il faut agir quotidiennement, comme vous le dicte la métaphysique que l'on découvre par soi-même..." B. Réquichot

2 janvier 2006

Sans artifice

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" L'oeuvre principale de Paul Morand est inédite et le sera lontemps; c'est sa correspondance. Depuis dix ans, je reçois presque chaque jour une lettre de lui. Tous les ans, j'en dépose un lot à la Bibliothèque de Lausanne. Ce n'est pas le ton des plus fameuses correspondances; c'est une chronique intime, vive comme il n'en fut jamais, sorte de journal sans les artifices du genre; un reflet de l'homme et de l'époque."  J. Chardonne

14 avril 2006

Femme rompue

                      

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"

"J'ai raconté au psychiatre notre dernière scène. Il m'a dit :"Si vous en avez le courage, il vaudrait sûrement mieux que, pendant quelque temps au moins, vous vous éloigniez de votre mari." Est-ce que Maurice l'a payé pour me dire ça ? Je l'ai regardé bien en face.

- C'est curieux que vous ne me l'ayez pas dit avant.

- Je souhaitais que l'idée vienne de vous.

- Elle ne vient pas de moi, mais de mon mari.

- Oui. Mais tout de même vous m'en avez parlé.

Et puis il a commencé à m'embrouiller avec des histoires de personnalité perdue et retrouvée, de distance à prendre, de retour à soi. Des boniments. "

S de Beauvoir

8 mai 2006

Or

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" Au coucher du soleil, les arbres ont l'air faits au crayon noir et les collines de sable [en p] semblent être de poudre d'or. De place en place elles ont des raies noires minces (traînées de terre, ou plis du vent) qui font des lignes d'ébène sur ce fond d'or - or comme celui des vieux sequins. " G. Flaubert

9 décembre 2005

Voix effacée

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" - Mais on devait aller déjeuner chez mes parents, comme tous les dimanches, c'est bien ça ?

- Ton père est mort, dit-elle. L'année dernière.

Il resta une minute la bouche ouverte, catastrophé, étonné que les larmes ne coulent pas, et la catastrophe soudain était de nature différente : il souffrait moins, cette fois, de constater une nouvelle perte de mémoire, si atroce fût-elle, que d'apprendre la mort de son père, de savoir qu'il ne le reverrait plus, qu'il ne l'avait plus vu, en réalité, depuis un an. Il se rappelait, pourtant, le déjeuner du dimanche précédent. Et même sa voix, la veille, sur le répondeur. Sa voix qu'il avait effacée..." E.Carrère

1 janvier 2006

Jouir

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" La cage thoracique paraît immense, gonflée, gorgée d'air bien qu'éclatée. La corpulence du cadavre semble importante. Pourtant, il n'en est rien. La dissection a éclaté le corps en morceaux qui sont tout juste juxtaposés : les côtes, les organes à l'intérieur, comme un magasin d'accessoires. " M. Onfray

14 juin 2006

Nécessité naturelle

" Je suis né pour aimer, et j'ai aimer peut-être avec autant d'amour qu'en peut montrer une âme humaine. Aujourd'hui, bien que je ne sois pas encore à l'âge où les passions se glacent, ni même s'attiédissent, je ne rougis pas de dire que je n'aime personne, excepté moi-même, par nécessité naturelle, et encore le moins possible."  G.Leopardi

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7 novembre 2005

Le Paradis Perdu

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" J'écris ceci à 4 h 50 du matin. Spectacle étrange : une aube lilas, encore incertaine, tandis que la lune brille encore. Les rossignols, un peu enivrés par les premières pluies, chantent à tue-tête. Tout est moite. Bientôt, je vais prendre la voiture et me glisser le long des routes sombres à la rencontre d'une aurore d'Asie Mineure, comme dans le Paradis Perdu..." L.Durrell

26 décembre 2005

Un autre monde

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" Le chemin du retour nous ramène par un autre monde; car, outre l'obscurité, il ya une brume qui monte de la mer. Un chapelet de minuscules lumières scintillantes marque la ligne de la côte, de l'autre côté du golfe, où se gonfle la houle des montagnes, paisibles, somnolentes. Corinthe (la nouvele Corinthe) est engloutie dans une sueur froide qui pénètre jusqu'aux os. H. Miller

8 février 2006

Zut ?

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" Mes reins se cambrèrent. Je déchargeai dans les pétales froissées d'un grognement panique. Hébété, je sortis de la jouissance en même temps que du sommeil. Je courus me laver dans la salle de bain en heurtant avec l'épaule droite le montant de la porte de la chambre à coucher. Zut ! Ensuite, à l'aide d'un mouchoir en papier j'essuyai les traces de mon rêve sur le drap tout en massant mon épaule endolorie... " P .Tilman

10 janvier 2006

Obscurcissement

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" J'attendais là, la nuit était glacée, je savais qu'il me fallait attendre, j'étais seul, la place était déserte, derrière les grandes vitres de la brasserie Schein tout était noir comme il y a trente ans, du côté de la place où je me tenais, du côté de la cave et du soupirail, impossible de distinguer aucun détail à l'intérieur du hall, la décoration avait-elle changé, du regard je cherchais à tâtons le mur des cuisines, je pouvais voir qu'on ne voyais rien, et je me détournai..." A . Fleischer

23 mai 2006

Femmes

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" Les femmes les plus faciles sont celles qui ont peu d'imagination et de conversation. Elles ne connaissent pas le danger, elles s'y exposent toujours, prennent pour passionnés ceux qui le sont le moins, les plaignent; et, faute de bonnes raisons à leur dire, les récompensent de ce qu'ils ne sentent que très peu pour elles."  Ch-J de Ligne

18 janvier 2006

La vie d'un faune

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" Deux rails s'étaient détachés et volaient dans l'air, croisés en pinces de homard; leur tenaille décrivit un cercle vrombissant affectueusement au-dessus de nos têtes (et nous courions, courbés sous la lente menace de ce fouet d'acier). D'en bas, des chocs insistants venaient nous ébranler les os. La bouche d'une conduite souterraine surgit et éructa, désinvolte, des flots d'acide. " A.Schmidt

27 janvier 2006

Aimer

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" Je souffre chaque jour un peu plus ... et elle ne fait que sourire.

  Aujourd'hui, elle m'a dit tout d'un coup : " Vous m'intéressez. La plupart des hommes sont quelconque, sans élan, sans poésie; mais en vous, il y a une certaine profondeur, une faculté d'enthousiasme, et avant tout un sérieux qui me fait du bien. Je crois que je pourrais vous aimer." L. Sacher- Masoch

5 juillet 2006

Émotif

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" Nul, moins que le saint de Lumbres ne fut ce que les modernes appellent, dans leur jargon, un émotif. Peu à peu les illusions et les tromperies de cette nuit n'apparaissent à sa simplicité que comme des obstacles à vaincre. Une fois de plus il s'engage dans le chemin, descend la pente, d'abord lentement, puis plus vite, et plus vite encore, enfin tout courant. Il se croit encore maître de lui, et ce n'est déjà plus vers son but qu'il se hâte, c'est à la nuit, à sa terreur qu'il tourne le dos : son dernier effort est une fuite inconsciente. Depuis longtemps n'eût-il déjà pas dû atteindre la petite ville inaccessible ? Chaque minute de retard est donc une minute inexplicable. " G. Bernanos

13 novembre 2005

Demain vaut autant qu'aujourd'hui

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"  On cassa la croûte dans une prairie, où les peupliers dessinaient un parallélogramme. Les feuilles dansaient et babillaient autour de nous dans le vent. La rivière, pendant ce temps, se dépêchait et semblait gourmander notre retard. Il ne nous importait guère. La rivière savait où elle allait. Nous autres, pas du tout ..." R.L. Stevenson

23 novembre 2005

Continuer

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" La dernière fois que je m'étais trouvé là, je lui avais cité la phrase de Cézanne : « Si j'étais sûr et certain que mes toiles seront détruites, et que je n'entrerai jamais au Louvre, je cesserais de peindre.» Déjà très courbé, il avait réfléchi patiemment, et dit à mi-voix, comme avec crainte : « Moi, si j'avais la certitude que mes tableaux seront brûlés, je crois que je continuerais à peindre, oui je continuerais à peindre...» " A. Malraux

11 mai 2006

Mardi 12 mai 57.

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" Puis dona Anna était d'une épaisseur charnue, Elvire d'une voix de fétu, Ottavio fade, pleutre, ennuyeux comme une poupée. Leporello était un grossier compagnon. D'ailleurs le libretto est assomant et la charpente dramatique laisse trop languir l'intérêt. Mozart était bien obscurci par tous ces petits ennuis ; mais il surnageait encore assez de beautés pour intéresser même les non prévenus." H.F.Amiel

13 mai 2006

Colour

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" Avant de quitter le magasin, je parcourus, m'intéressant à la mode, le rayon des sous-vêtements pour fillettes, mais hélas, je constatai, une fois de plus qu'en ce pays l'inélégance des modèles n'a d'égale que l'imbécilité des sujets dont on orne ces pièces essentielles de l'habillement, nulle fantaisie, nulle grâce pour recouvrir et parer les corps ravissants des Alice et Lolita scandinaves. Comme nous sommes loin de ce qu'on offre Outre-Atlantique aux jeunes clientes. J'en étais à ce point de mes réflexions quand je découvris, ayant jusqu'alors échappé à mes regards, des séries de culottes blanches sur lesquelles le mot "Colour" se répétait, tracé d'une cursive agréable en trois variantes : rose, bleu et violet..." P.A.Gette

14 mai 2006

Tout est dévasté

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" Je suis triste à mourir, mais les rires joyeux des jeunes filles, qui jouent là-bas, invisibles sous les arbres, m'atteignent au coeur et me réveillent à la vie. La vie s'écoule et la vieillesse approche : femme, enfants, foyer, tout est dévasté : l'automne au-dedans, le printemps au-dehors." A. Strindberg

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