"Et plus près du lac, en été, surtout le dimanche, cet endroit était infesté d'êtres humains à tous les stades de la nudité et de la solarisation. Il n'y avait que les écureuils et certaines chenilles à garder leur manteau. Des ménagères aux pieds gris étaient assises, en jupons, sur du sable gris graisseux; des mâles repoussants, aux voix de phoques, en caleçons de bain boueux, s'ébattaient alentour; des jeunes filles remarquablement jolies, mais peu soignées de leur personne, destinées quelques années plus tard - au début de 1946, pour être exact - à donner le jour à une foule intempestive de nourrissons ayant du sang turkmène ou mongol dans leurs veines innocentes, couraient, poursuivies, et c'était à qui leur allongerait une claque sur l'arrière-train (ce qui les faisait s'écrier : «Aô-ouâ !» ); et les effluves qui émanaient de ces infortunées batifoleuses, et des vêtements (étendus avec soin çà et là sur le sol) qu'elles avaient dépouillés, se mêlaient à la puanteur de l'eau stagnante pour former un enfer d'odeurs dont je n'ai jamais trouvé l'équivalent nulle part ailleurs." V.Nabokov
